Prière derrière les barreaux




LE DERNIER VOYAGE

La foule assemblée tout le long du chemin
Dans cet escarpement qui nous sort de la ville.
Pas un visage ami, pas même un signe de main,
Que des regards haineux dans ce matin d’avril.

Nuls amis, nuls frères ne sont venus me voir,
M’apporter un sourire, un peu de réconfort,
Même pas celle que j’aime, me voilà dans le noir.
Je suis triste de ma vie et j’ai peur de ma mort.

J’entends le fouet qui claque de son cuir sur la peau ;
Un homme marche devant moi d’épines couronné,
Et des soldats s’acharnent en lui frappant le dos.
Qu’a-t-il donc bien pu faire, pour être ainsi mené ?

Le sang coule de ses joues comme de grosses larmes.
Il ne pleure pas sur lui, mais sur ceux qui l’entourent.
Ses yeux reflètent l’amour et son regard désarme.
Il apaise ma souffrance, m’apporte son secours.

Seulement quelques mètres me séparent de lui.
Je l’entends murmurer des mots de réconfort.
Sensiblement j’approche et dans ses pas je suis
Près de lui à présent, comme je me sens fort !

Ma croix est bien légère à côté de la sienne !
Elle me semble si lourde que j’aimerai l’aider.
Et c’est lui au contraire qui veut porter la mienne,
Ses jambes le portent à peine, elles vont bientôt céder.

Le voilà qui trébuche et croule sous le poids
De ce bois encore d’où la sève s’écoule.
On repousse brutalement une femme qui le nettoie.
Les fouets claquent de nouveau, acclamés par la foule. 

Et c’est péniblement qu’il se remet debout
Avec l’aide obligée d’un Simon de Cyrène.
Je sens visiblement qu’il veut aller au bout,
Il reste quelques mètres pour rentrer dans l’arène.

Oh moi ! Je sais pourquoi je dois être cloué
A ce bois d’infamie que l’on nomme : la Croix.
Mais lui, pourquoi doit-il être bafoué ?
Il est pur comme l’agneau, mais personne ne le croit.

J’ai peur de la sentence, et lui reste serein !
Je sais, dans peu de temps nous ne serons plus là.
Je sens dans mes cheveux le souffle du vent marin,
La colline est gravie, les voix redoublent d’éclats.

Et ceux qui l’acclamaient en plaçant sous ses pieds
Des rameaux d’olivier, des pétales de rose
Le jour de son entrée dans la ville fortifiée,
Sont là, vociférant d’une rage qui explose.

Nous voilà arrivés à l’endroit du supplice
Où des soldats s’empressent de nous jeter à terre.
L’heure de la mort approche, l’heure du sacrifice.
Je repense à ma vie, à ma mère, à mes frères.

Les injures continuent de pleuvoir sur lui.
Maintenant quelques uns se frappent le poitrail.
Il regarda le ciel, ne faisant aucun bruit,
Le bourreau s’approcha avec son attirail.

Il ressentit de suite une violente douleur,
Aux craquements sinistres de ses os qui s’arrachent
Lorsque le clou s’enfonce, frappé avec fureur
Au travers de sa chair saignante qui se hache.

Je reçu au visage quelques gouttes de sang.
Sa souffrance attisait un peu plus ma terreur.
C’est lui que je voyais, si faible mais si puissant.
Son regard me disait de ne pas avoir peur.

Les trois croix furent dressées après de gros effort.
Nous étions en hauteur regardant les soldats
Qui prirent sa tunique et la tirèrent au sort.
S’ensuivit la panique car la terre trembla.

Le ciel s’obscurcit, c’était la sixième heure.
Je l’entendis crier d’un de ces cris profonds
Qui vous glacent le sang et pénètrent les cœurs :
« Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ».

Le troisième supplicié l’injuriait sur son bois,
Lui disant, arrogant : « Sauve toi et sauve nous ! ».
« Eh oui ! Puisque t’es Christ, montre le, sauve toi ! ».
Disait un soldat ivre d’avoir donné des coups.

Je me suis mis à crier : « Il n’a fait aucun mal ! 
Pourquoi vous acharner à faire couler son sang ?
Nos crimes le méritent et pour nous c’est normal !
Pourquoi le faire périr ? Cet homme est innocent ! ».

Mon regard ne pouvait se détacher de lui.
Je lisais sa souffrance, quand soudain il me dit :
« N’aie pas peur, crois-moi, je promets qu’aujourd’hui
Nous serons toi et moi, tous deux au paradis ».

Il regarda le ciel et se mit à prier :
« Père, entre tes mains, je remets mon Esprit ».
Et puis, d’une voix forte, il se mit à crier :
« Voilà ! c’est maintenant que tout est accompli ».

J’étais là, à côté, les deux jambes brisées.
Dès qu’il eut expiré, j’éclatais en sanglots.
Je compris que pour moi, il fut martyrisé ….
De son côté percé, jaillirent le sang et l’eau …




Gérard VERCAUTEREN
Source :  http://www.bonlarron.org



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